Les petits articles pédagogiques de Méandres Musicaux – N°33 : Chasser le doute.

Lorsque je joue, je dois être capable d’entendre dans mon chant intérieur les notes qui suivent celles que je suis en train de jouer. Ce chant intérieur, qui n’est pas ma voix chantée mais bien le son de mon instrument, me permet de me préparer à la justesse, à l’articulation, à la couleur, au sentiment, aux mouvements à produire et à l’état dans lequel mon corps va se trouver. Sans cette anticipation, je ne peux évidemment pas espérer trouver de la précision et de l’intention dans mon jeu : d’une manière générale d’ailleurs et donc bien au delà de mon instrument, si je n’ai pas décidé où je veux aller, si je n’ai pas de projet, je vais sans doute ne pas bouger ou végéter ou bien partir du principe que ma bonne étoile va réagir -mais, on le sait, elle n’est quand même pas systématiquement au rendez-vous ! –

Mon écoute est donc constituée de deux pistes différentes : ce que j’entends en direct et ce que j’entends en anticipation.

Parfois, je ne suis pas satisfaite de ce que je produis avec mon instrument en direct. Ça y est, le doute s’installe… Et, malheureusement, la plupart du temps, cela me rend indisponible à la capacité de produire ce que je dois entendre en anticipation.
Je trébuche et, au lieu de retrouver mon équilibre au bout de deux ou trois notes, me voilà au tapis ! Je n’ai plus mes 2 pistes à disposition qui me maintenaient en équilibre et celle qui reste, orpheline, m’entraîne de plus en plus dans les affres de l’insécurité. Au secours je n’entends plus ce que je veux faire !

Le doute est tellement puissant qu’il est capable de prendre absolument toute la place et de m’empêcher de penser ma musique à l’avance.

Le travail va donc consister à savoir repousser le doute et pour cela il faudra rendre mon chant intérieur plus fort que son assassin.

Commençons facile, bien sûr : jouer la mélodie qu’on est en train de travailler très lentement en s’efforçant de toujours entendre la ou les notes qui vont suivre avant de les jouer. Les entendre impliquant la hauteur et la qualité. Penser bien à l’attitude du corps. Il doit être actif pour réussir cette sorte de prouesse qui consiste à entendre les deux pistes décalées.

Anecdote : une de mes élèves est en train de jouer son morceau, je la vois faire « non non » de la tête, navrée de jouer ce démanché bien faux. Et puis l’instant d’après, elle se redresse et tout à coup son corps entier reprend sa place dans l’équilibre et la confiance et la suite se passe bien ! Il était tellement visible que, grâce à son corps, elle avait vaincu le doute et retrouvé son chemin de la double écoute ! Bravo !

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Les petits articles pédagogiques de Méandres Musicaux : N°32 – Ne pas jouer détendu !!

Imaginez que vous transportez une assiette pleine d’eau à ras bord. Constatez la concentration que cela vous demande pour ne pas faire les mouvements intempestifs qui agiteraient l’eau et la feraient déborder.

Cela demande une grande présence aussi bien psychique que physique.

Observez par exemple ce que cela provoque vers vos abdominaux : ils fonctionnent souvent dans ce genre d’exercices. C’est l’endroit de votre corps qui va peut-être aider à tenir l’ensemble. (Sans forcer, bien sûr, c’est juste qu’ils sont « éveillés ») Par contre votre psychisme doit être en même temps non crispé ET très présent. Vos bras aussi doivent être disponibles MAIS tenus et très contrôlés…

Avec notre instrument, le travail pour accompagner une note jusqu’à la suivante est très comparable à cette expérience. Il faut en effet écouter TOUS les éléments du son qui est en train d’exister (l’eau qui reste dans l’assiette), ne rien laisser sur le bord de la route (l’eau qui déborde) ET arriver à un endroit bien précis : la note suivante tout d’abord et, dans une autre échelle qu’il ne faut pas oublier, la fin de la phrase ou de l’élément de la phrase.

Il ne suffit pas de remplir l’assiette d’eau (faire une note juste) , il faut agir avec (la mener plus loin) et c’est bien sûr ce cheminement qui rend la chose passionnante en musique, avec toute la présence et le suspens que cela implique.

C’est un peu comme suivre un match de tennis : la balle va d’un joueur à l’autre jusqu’au bout du service. Les spectateurs suivent l’échange avec passion.

Une autre image pourrait être celle de l’action de sortir une ancre de l’eau à l’aide des deux mains qui se relaient sur la corde qui la tient : si mes gestes s’enchaînent mal, la corde ne va pas avoir une tension régulière et je perds une efficacité considérable.

Dans notre jeu nous avons besoin, à parts égales, de notre mental et de notre physique. La présence physique n’est pas du tout synonyme d’efforts musculaires en force ni de grands mouvements mais elle est néanmoins très profonde, et prend sa source dans le centre du corps, vers les abdominaux. C’est elle qui, pendant le déroulement de la phrase, emmènerait (à peine!) le corps dans son entièreté un peu vers l’avant ou un peu vers un côté. Elle est puissante et mesurée.

Ma pensée, elle, maîtrise ce qu’elle veut faire avec les notes de façon très dense, presque musculaire, justement. Elle « tend » vers un endroit précis.

Sans ce binôme, l’idée, le son, et le mouvement se dispersent et la crédibilité et la présence disparaissent.

Toute la difficulté, comme souvent avec un instrument, est de sentir ce jeu très subtil entre la détente et la puissance… Non ! Nous ne pouvons pas jouer « détendu » dans son sens le plus commun ! Nous avons besoin de tensions mais elles doivent être mesurées au plus juste.


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Les Petits Articles de Méandres Musicaux – N°31 : le minimalisme.

Etudions un peu la souplesse de notre main droite. Très souvent, le message qui a été enregistré concernant la manière de faire de bonnes tournes d’archet est celui-ci : « il faut FAIRE BOUGER les doigts de cette main et le poignet». Mais si on y réfléchit, bien sûr que non. Si vous demandez à vos doigts et à votre poignet de BOUGER quand l’archet tourne, surtout sans préciser dans quel axe vous voulez qu’ils le fassent, ils vont avoir tendance à entraîner la baguette dans tous les sens ce qui empêchera la corde de vibrer avec régularité.

Au contraire les doigts et le poignet doivent d’abord avoir pour tâche de trouver le plus minuscule geste possible qui permettra de rester dans l’axe.

Pour cela : Tendez votre index gauche au bout de votre bras pour « montrer du doigt» (ce qui ne se fait pas, comme nous le savons!) Puis ramenez votre avant-bras devant vous dans l’axe qui serait celui de l’archet (parallèle au corps ).

Installez votre main droite sur l’index gauche qui va devenir le remplaçant de la baguette. Tous les doigts bien à leurs places : cela loge juste, normalement. Imaginez où serait la mèche pour bien mettre les doigts dans le bon enfoncement par rapport à l’index/baguette (le bout du majeur toucherait cette mèche, par exemple).

La main et le bras gauche ne vont plus bouger à partir de maintenant.

Nous allons essayer de trouver le mouvement du bras droit (qui peut partir du milieu de l’avant-bras, par exemple) le plus efficace possible qui permettrait de commencer à tirer et retour. L’idée est que ce mouvement du bras aille se répercuter, immédiatement, et sans perte de mouvement, dans la main droite et surtout dans l’index de la main droite.


Le début du mouvement du bras et sa répercussion sur les doigts doivent être tout à fait synchronisés : Votre efficacité doit être immédiate. Il n’est pas question que le bras soit obligé de se déplacer de 3 centimètres avant que la main droite en prenne conscience. Nous ne pouvons pas nous autoriser cette perte de rendement. Elle déstabilise beaucoup trop l’ensemble. (Imaginez une locomotive qui serait obligée de se déplacer de 10 mètres avant que le premier wagon commence à bouger!)

Tirez bien (avec l’idée que cela déplacerait l’archet d’un demi centimètre, pas plus) exactement dans le plan de votre main droite, à votre droite, et retour. Le poignet ne se déforme pas. Aucune articulation ne donne du mou. De l’extérieur, ce mouvement du bras est presque imperceptible mais pour vos doigts de la main droite, et particulièrement pour votre index, la sensation doit être puissante. En fait seule votre peau va un peu rouler, horizontalement, très fluidement. Et retour. Tout ceci est complètement pneumatique.

Ne serrez pas du tout vos doigts contre votre « baguette/index gauche ». A chaque nouveau mouvement tirer/retour , desserrez un peu plus la pression de vos doigts : ce n’est pas cela qui doit provoquer cette puissance mais le fait de faire le plus petit mouvement utile possible et d’être bien en contact avec votre « baguette/index gauche ».

De même ce n’est pas parce que vos articulations ne vont pas bouger qu’elles doivent serrer….

Travaillez ensuite de la même façon le mouvement du poussé. Cette fois-ci le bras droit va agir sur le petit doigt en premier. Et de la même façon vous allez sentir l’élasticité du mouvement.

L’étape suivante sera de remplacer votre index gauche par votre archet, de poser celui-ci sur la corde et de le retenir avec la main gauche pour qu’il ne bouge pas. Vous devez ressentir la même élasticité dans vos doigts : c’est votre peau qui se déplace un peu contre la baguette. C’est tout ! Cela suffit pour que votre mouvement de tourne de l’archet soit exact. Vos doigts restent à peu près perpendiculaires à la baguette. Ils n’ont pas du tout de mouvement d’essuie-glace dans leurs deux dernières phalanges.

Cela ne veut pas dire que vos articulations ne vont jamais être utilisées, bien sûr, mais la base du mouvement est celle-ci. Ensuite, selon vos envies musicales et une fois que ce geste sera intégré, vous pourrez prendre de la liberté tout en conservant votre axe.

Il faut maintenant essayer en jouant. Ce qui va remplace la résistance de la main gauche qui empêchait précédemment l’archet de se déplacer c’est le lien que vous avez avec votre corde. La résistance que vous mettez en jeu, justement… Ni trop, ni trop peu, bien sûr !

La souplesse que nous désirons tant n’a rien à voir avec un Malabar que l’on tire hors de sa bouche ! Ce qu’il nous faut, c’est juste de la plasticité. De l’extérieur, si l’on regarde un instrumentiste et son archet, on voit le système de la main et du poignet bouger mais en fait, il « est bougé ».

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Les Petits articles Pédagogique de Méandres Musicaux – N° 30 : Les temps dans l’archet.

Je vous propose de poser votre instrument et de faire ce simple exercice : Avec votre main droite, doigts en l’air, en partant un peu au dessus du niveau de votre tête, imaginez que vous tirez vers le bas du bout des doigts un fil un peu résistant accroché au plafond. Expirez tranquillement par la bouche pendant ce temps-là jusqu’à ce que votre main arrive au niveau de votre poitrine. Puis, laissez un petit temps de rien (et non pas de retenue tendue) et laissez ensuite simplement vos poumons avoir envie de reprendre de l’air sans aucun effort musculaire et beaucoup moins lentement qu’en expirant. Toujours en passant par la bouche plutôt que par le nez. Ce n’est pas une respiration active, vous LAISSEZ FAIRE. Pendant cet inspir, qui n’est que détente et confort, votre bras et votre main droite vont sans doute remonter, n’étant plus sous la tension du mouvement de tirer sur le fil. Votre gorge reste complètement relâchée. L’air qui rentre se perçoit plutôt bas dans le tronc.

Faites ceci un certain nombre de fois sans du tout remplir et vider complètement vos poumons : il s’agit de faire le moins d’effort possible et de laisser le corps se débrouiller le plus possible sans notre intervention directive.

Ensuite, mesurez l’exercice : 3 temps pendant l’expir et un temps pendant l’inspir mais toujours sans la moindre volonté de FAIRE, à part la pulsation régulière. Votre gorge reste toujours bien passive. Vous devez à peine sentir l’air passer tans cette région est détendue, rien ne racle.

La troisième étape consiste à mimer un coup d’archet en rondes. Imaginez jouer bien à la corde. Faites juste le geste sans avoir l’archet dans la main et comptez bien les quatre temps dans votre tête. N’oubliez pas que vous avez besoin d’un peu plus de place pour le 4e temps de l’archet. Inspirez doucement pour votre levée avant de commencer, expirez sur les 3 premiers temps de l’archet et inspirez juste tranquillement sur le 4e. Considérez bien que vous jouez avec tout votre archet. Si vous ne faites pas d’effort votre bras droit va inspirer lui aussi sur le 4e temps et il tournera en sachant exactement quand le faire et sans tension dans les articulations. Vous allez sans doute sentir que les articulations gagnent un peu en fluidité. Sentez que cette fluidité concerne d’ailleurs tout votre corps.

Maintenant faites le avec l’archet sur une corde. Comptez vos temps fort dans votre tête tout en continuant à respirer par la bouche : « uuuuundeeeeeuxtroooooooooisquaaatreETuuuuuundeeeeeeuxtroooooooisetquaaaatre… » Sentez que votre voix (dans votre tête) est dans le legato. Un peu comme tout à l’heure, vous pouvez imaginer que vous tirez très régulièrement avec votre voix une corde un peu résistante. Ecoutez bien votre violoncelle: on entend que le son est vivant sur ce 4e temps et on passe sans mal au premier temps suivant ! C’est un exercice très relaxant et c’est le Legato !! Surveillez toujours la détente de votre gorge.

Essayons à présent avec une gamme en rondes. Sans doute que le ou les doigts qui se préparent pendant le 4e temps pour jouer le premier temps suivant profitent aussi de cette respiration !

Et, dernière étape pour aujourd’hui : faisons une gamme en blanches liées par 2. Les tournes de nos archet vont continuer à profiter de cette respiration sur tout l’archet. Mais pouvez- vous sentir que votre bras droit vit la pulsation ? Sans pour autant marquer les temps comme un métronome? Il n’y a rien de mécanique mais votre bras doit pourtant avancer de « temps en temps », imprégné tout du long de cette pulsation, en sachant où il va et jusqu’où il va.

Peut-être faut-il reprendre le mime pour un moment en disant à nouveau tout haut cette fois : uuuuuuundeeeeeeuxuuuuuundeeeeeeux. Est ce que votre voix réussi à influencer votre bras pour que celui-ci sente qu’il y a un plus de densité dans les passages de temps par exemple ? C’est exactement la même tension que si vous sortez de l’eau une corde chargée d’une ancre en la passant d’une main à l’autre : il se passe quelque chose un peu avant que les mains ne s’échangent. Essayer de « constater » cela plutôt que de le « provoquer ». (N’oubliez pas que notre corps en fait toujours dix fois trop quand on lui demande de suivre une consigne qui implique ses muscles !)

Pour conclure, votre bras droit, et par conséquent votre archet, ne sont bien sûr pas réguliers dans leur effort : il font quelque chose de « temps en temps » et il font quelque chose avant et pour tourner (mais en sachant que la tourne correspond aussi à un passage d’un temps à un autre!!!) . De « temps en temps » il s’agit plus d’un relais, avec un petit effort élastique pour passer le bâton au temps suivant (ou d’une main à l’autre si on pense à une corde), pour la tourne il s’agit plutôt d’une sorte de lâcher-prise/ bien-être…mais en sachant là aussi que la tourne correspond également à un passage d’un temps à l’autre …

Tout ceci ne s’entend pas grossièrement mais donne vie à chaque instant de votre musique et fait toute la différence. Tout ceci vous donne vie également d’ailleurs.

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Les petits articles pédagogiques de Méandres Musicaux N°29 : Jouer et chanter.

Pour rester dans un travail en partant de la pointe, je vous propose de poser l’archet à la pointe avec comme consigne de ne faire aucun bruit et sans provoquer aucun rebond. Pour cela, il faut que le bras et la main soient complètement détendus. Essayer un certain nombre de fois et n’oubliez surtout pas d’expirer pendant le geste de détente qui vous rapproche de la corde.

Puis, en partant de cet arrêt parfaitement silencieux, commencez un son qui devra être immédiatement bien clair mais sans pour cela être nécessairement puissant. Faites également cela autant de fois qu’il le faudra et plus !

Maintenant, et en gardant cette attaque précise à chaque fois, revenez tranquillement vers le talon sur cette corde à vide et chantez en improvisant. Prenez le temps de bien écouter toutes les harmoniques qui apparaissent dans votre son avant de commencer votre chant pour être soutenu dans cette improvisation. Celle-ci va être courte : une toute petite phrase musicale d’une ou deux longueurs d’archet bien lentes…

Puis essayez de finir cette petite phrase en decrescendo, aussi bien avec la voix qu’avec le son… Comment finir de façon cohérente sans avoir l’impression de couper trop brusquement par défaut parce que vous n’avez plus d’archet ou plus de souffle ?

Recommencer plusieurs fois tout le processus pour créer un tout constitué d’un ensemble de petits mouvements de quelques secondes. Laissez bien les nouveautés arriver dans chaque temps de silence.

Cet exercice est profondément relaxant.

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Les petits articles pédagogiques de Méandres Musicaux N°28. Pousser et tirer.

J’accorde mon violoncelle. Pour ce faire, je fais sonner ma corde de LA… Pourquoi ne pas en profiter pour commencer ce premier son à la pointe et en poussant ?

On est bien en équilibre quand l’archet est posé vers cette extrémité-là de la baguette ! Nulle impression d’être dans l’instable. Ce n’est pas comme au talon où le poids de l’archet est très grand puisque la baguette est entièrement à la droite de la main et de la corde.

Cela oblige aussi les doigts, la main et le poignet droit à trouver une forme qui fonctionne. Les doigts trouvent assez facilement leurs places en étant ainsi mis, sans mouvement préalable, dans cette situation un peu extrême d’office. Et le poignet n’a guère de choix ! Le bras comprend plus facilement sa position alors que lorsque l’on tire du talon vers la pointe, il a du mal à saisir comment faire pour s’allonger de façon simple.

Vous pouvez aussi poser l’archet en le tenant seulement avec la main gauche pour le mettre dans le bon axe sur la corde de votre choix PUIS installer la main droite à sa place : elle aura encore moins de possibilité de se poser de mauvaises questions  !

Maintenant que nous sommes prêts à la pointe, poussons jusqu’au talon. Le but est de se retrouver à cet autre bout de la baguette avec un bras « normal », c’est à dire sans tension. Et le système du côté droit aura sans doute davantage de facilité à comprendre les enjeux de la direction du bras et des différents équilibres du poids de l’archet en partant en poussant.

La main en se rapprochant du talon réalisera mieux le poids progressif de la baguette qui se porte dans les doigts et donne aux doigts (et au bras) leur rôle de balancier. On pourra ensuite s’attarder sur la sensation de chaque doigt au talon en restant juste en appui sur 2 cordes ce qui est aussi très confortable.

Et puis l’attaque à la pointe sera moins effrayante que celle du talon qui fait souvent frémir par sa raideur ! Disons qu’il sera plus facile de travailler cette attaque en étant capable de contrôler ce que l’on fait.

Bref, inversons un peu nos habitudes pour trouver un nouveau confort. : Arriver vers la pointe en partant du talon est difficile sans avoir un bras et un poignet parfois complètement désarticulés alors que s’installer à la pointe n’est pas si difficile. Arriver au talon en venant de la pointe permet au bras d’être plus confortable et de comprendre certains enjeux.

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Les petits articles pédagogiques de Méandres Musicaux- N°27 :la justesse, la partie émergée de l’iceberg

Je fais une note, ouf, elle est juste mais… et après ?

Quelles sortes de résonances choisir ? Quelle est sa couleur ? Que transmet-elle ? Comment commence-t-elle ? Comment finit-elle ? Comment va-t-elle jusqu’à la note suivante ? Comment est mon corps à chaque milliseconde de cette note ? comment est ma respiration ?
Bref, toutes ces questions qui font que la justesse n’est en fait qu’une toute petite partie de cette note.. et de la suivante, et de celle qui suivra ensuite. Et pourtant, souvent, mon projet ne s’arrête-t-il pas à cette seule ambition de jouer juste ? Alors que le sens que je veux révéler au travers de ma musique est bien dans tous les autres paramètres. Il ne faut pas les oublier et c’est pourtant si vite fait tant cette justesse (indispensable!) nous prend d’énergie et de concentration.

Ne nous faisons pas d’illusion : nous aurons du mal à tout maîtriser. Ou plutôt, nous n’arriverons PAS à tout maîtriser… Alors, patience et humilité. Nous ferons ce que nous pourrons avec des moments de grâce et d’autres de frustration. Mais nous saurons que la finalité de la note n’est pas uniquement dans sa justesse. Et c’est déjà une bonne prise de conscience.

Il faut prendre le temps de jouer chaque note jusqu’à ce qu’elle ressemble à ce que nous désirons. C’est dans ce temps, dédié avec bienveillance à chaque note, que nous progresserons. Le processus est le même que dans la parole : un mot difficile doit être dit distinctement et demande plus d’attention et de lenteur , sinon il restera incompréhensible.

Et peut-être que si nous réussissons le plus souvent possible (c’est à dire, sans doute, pendant longtemps : seulement de temps en temps, parce qu’il est difficile d’être très attentif et disponible) à repenser aux petits cristaux des oreilles de l’article précédent, quelque chose de nouveau se produira ?

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Les petits articles pédagogiques de Méandres Musicaux- N°26 : L’oreille et le mouvement.

Une raideur physique est bien sûr préjudiciable pour le jeu instrumental. Elle est également désagréable à regarder. Par contre, dès qu’un léger bruissement apparaît, de façon globale dans le corps, le ressenti est tout autre.. La musique est plus vivante et, en tant qu’auditeur, on a l’impression de pouvoir mieux s’y couler, de mieux faire le lien aussi avec le musicien. C’est exactement comme si la personne en train de jouer recommençait à respirer (ce qui est d’ailleurs peut-être le cas!)

Nous n’allons bien sûr pas « bouger » pour bouger mais faire la chasse à la fixité est important. Sentir tous les micro-mouvements qui nous habitent nous aide dans notre jeu.

Nous savons que l’oreille est un organe complexe. Elle se compose de l’oreille externe, qui capte les sons mais, aussi, de l’oreille moyenne et de l’oreille interne. Une partie de l’oreille interne est l’organe de l’audition et l’autre celle de l’équilibre. Donc, l’oreille ne nous sert pas seulement à entendre mais a un grand rôle dans notre équilibre et notre posture. Voilà qui va bien nous intéresser !

Voyageons un instant là-dedans :

L’oreille externe capte les ondes sonores puis, dans l’oreille moyenne, juste derrière le tympan, les 3 petits osselets, le marteau, l’enclume et l’étrier, sont chargés de véhiculer les vibrations sonores venant du tympan vers l’organe de l’audition situé dans l’oreille interne. L’organe de l’équilibre, le vestibule, est lui aussi situé dans l’oreille interne. Dans ce vestibule, et selon les mouvements de notre tête, de minuscules petits cristaux se déplacent dans une matière gélatineuse et donnent des informations à des cellules ciliées qui tapissent cette région. Le cerveau est ainsi informé des mouvements et de la position de notre corps.
Un nerf relie ensuite l’oreille interne au cerveau et lui transmet donc des signaux sonores et des signaux liés à l’équilibre.

Bref, dans notre oreille, beaucoup de choses vibrent et bougent.

Je vous propose donc une petite expérience :

Pendant que vous jouez, pensez à votre oreille interne (située dans les os temporaux) et essayez d’avoir la sensation (ou l’imagination de la sensation, peu importe) que plein de petites choses bougent dans cet espace et ne doivent pas s’arrêter de bouger. Cela va sans doute créer de minuscules mouvements dans votre tête et votre cou et avoir des répercutions ailleurs.
Le résultat peut-être assez spectaculaire.

En ce qui me concerne, je ressens cela comme très sécurisant et je constate que mes mouvements, et donc ma musique, sont beaucoup plus fluides et cohérents lorsque je me connecte à cela…

Avoir de l’oreille est donc encore plus complexe que ce que l’on pensait ! Cela ne va pas arranger nos affaires !

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Les Petits articles de Méandres Musicaux- N°25: Une des formes d’émotion que je recherche en jouant d’un instrument…

En improvisation, un des exercices solo que je propose consiste à programmer sur un minuteur un temps donné, qui peut être de 7, 12 ou 20 minutes, au choix, puis de commencer à jouer un son de façon très minimaliste. Le but est d’essayer d’avancer petit à petit à partir de cette idée première sans cesser de la faire évoluer et sans laisser sur le bas-côté trop d’éléments que, parfois, l’on n’a même pas perçus tellement ils nous semblaient peu orthodoxes. Il faut pour cela être très conscient de ce que l’on est en train de faire aussi bien au niveau de la qualité du son (quelle que soit cette qualité) et pour cela nos oreilles doivent être très largement ouvertes pour percevoir le moindre changement et ne pas trier d’office dans ce qui leur semble à garder ou à jeter ; du geste que l’on est en train de faire pour pouvoir le développer, et il est difficile d’être conscient de tout ce qui se passe dans notre corps, de la pointe du gros orteil à la racine de nos cheveux : nous avons là aussi tendance à censurer un grand nombre de sensations, jugées peu représentatives ; du corps dans tous ses états, dans ses tensions, ses détentes, ses émotions ..Bref, il faut être à l’écoute de soi au maximum et ne pas penser au résultat : celui-ci nous surprendra et c’est ce que l’on cherche.

Pour cela il y a nécessité de mettre de côté tous les parasites qui nous encombrent si facilement : un jugement sur soi-même négatif, une voix critique trop habituée à trancher entre ce qui est « bien » ou ce qui n’est « pas bien », une crainte, une sensation de non-légitimité, l’impression de faire des choses interdites (même si, bien sûr on ne va rien faire de dangereux pour son instrument : il ne s’agit pas de le maltraiter, il est fréquent d’être arrêté par un sentiment d’illégalité !!)…

Or réussir à être suffisamment centré pour s’occuper SEULEMENT de ce que l’on est en train de faire sans ces ébranlements que nous impose notre pensée mentale est un plaisir très rare et très savoureux.. On se retrouve dans la situation du très jeune bébé qui  peut observer, ressentir , tenter ses expériences dans l’ordre qu’il préfère pendant ses premiers mois : le son pour se faire comprendre? le mouvement pour vite gagner en autonomie ? l’observation de ce qui l’entoure … Chaque enfant fait son choix et décide de ses priorités au milieu de toutes les sollicitations qu’il perçoit autour de lui.

Se trouver dans cette situation de très grande attention dans laquelle on est pratiquement absorbé par la nécessité de ne pas perdre le fil, comme si notre vie était en jeu (elle est en jeu!!) , et dans laquelle la pensée jugeante négative n’est plus au premier plan parce qu’elle n’a plus de place procure une émotion très forte (et très rare!) C’est une sensation de densité, de certitude que l’on est là où l’on doit être, à faire ce que l’on a à faire…. On en ressort un peu ébouriffé de surprise. On a perdu nos chaînes pendant un moment et c’est tellement bon !

Bien sûr cela n’empêche pas de faire marcher sa pensée : il le faut pour faire des choix de route, mais c’est une pensée curieuse de tout et capable de toutes les folies juste pour le plaisir de voir et entendre !

Le bonheur de travailler une pièce instrumentale écrite doit bien sûr être du même ordre : on utilise un sens critique bien développé mais pas pour se fustiger… juste pour aller plus loin…

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Les petits articles de Méandres Musicaux. N°24 : Pour qui joues-tu ?

Il est plus que probable que lorsque vous jouez et même lorsque vous travaillez, vous vous adressiez à une personne (ou un groupe de personnes) précisément. Même si vous n’en êtes pas complètement conscient et même si cette représentation est de l’ordre du fantasme . Votre musique ne gagnerait-elle pas en qualité et en profondeur si vous saviez à qui vous la dédiez ? D’ailleurs, la musique a-t-elle du sens, et un sens, si elle n’est pas dirigée ?

Je vous invite à investiguer en ce sens. Cette question est parfois bien intéressante à approfondir !

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